05 Jan 2014

De ton goût pour le mystère, rien n’a été compris

 

 

Nous ne savons rien de tes airs mystérieux, nous ne comprenons rien à tes escapades clandestines, et ton évasion radicale — qui est pour toi si évidente — nous est totalement indéchiffrable. Entre dévoilements et dissimulations nous multiplions les contradictions. En désignant continuellement des mystères là où ils ne sont pas — tout en fermant scandaleusement les yeux sur les horreurs qui nous sont parfois révélées — nous croyons pouvoir occulter nos refus en affichant nos suspicions, et tapir nos démissions devant ce qui est en accusant sans cesse ce qui n’est pas — ou trop peu. Dans cette obsession de croire que tout nous est partout dissimulé, nous nous dissimulons à nous-mêmes tout ce qui est pourtant sous nos yeux. Et les gesticulations incessantes de ceux qui ont la suspicion générale pour fond de commerce servent autant à maquiller combien l’imprécision suffit à leur tenir lieu de conviction, qu’à faire fondre nos espoirs de changement dans l’accablement de croire que tout est joué d’avance. Le plus grave se produit alors lorsque ces derniers viennent s’approprier ce qui est ponctuellement dévoilé pour tenter de valider leur maniaquerie du complot. Ils se croient volontiers du bon coté de l’histoire sans s’apercevoir qu’en noyant ces révélations effectives dans leurs conspirations approximatives ils sont les plus irresponsables défenseurs du système qu’ils prétendent dénoncer ; il s’agit là de neutraliser ce qui est précis et évident en l’incluant dans ce qui est imprécis et suspect. Conspirateurs et conspirationnistes s’accordent l’un et l’autre à entretenir ce jeu complice qui a pour but d’empêcher tout discernement, de rendre impossible tout raisonnement, et en conséquence ; de détruire toute tentation au changement.

Pendant que nous restons silencieux devant les révélations qui devraient nous révolter, et que nous fabriquons avec des faits divers des indignations inutiles, ce sont aussi les pertes de nos propres secrets — et de notre compréhension de ce qu’ils étaient — que nous exhibons continuellement. Alors tu vois, de ton goût pour le mystère, et des usages qu’il t’inspire, nous ne pouvons rien comprendre. Trop occupés par nos contradictions désastreuses nous ne remarquons pas tes subtiles absences, par lesquelles tu opposes à notre monomanie de tout étaler des énigmes qui n’ont rien à cacher. C’est dans ta recherche silencieuse de l’or des nuits — que tu as élevé au rang de science du mystère — que tu inventes clandestinement les transformations à venir. C’est là que tes découvertes sauvages font à ton corps des idées délicieuses qui te montent à la tête, c’est en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles.